Daily Archives: 5 septembre 2010

L’essai du mois

est nettement plus sérieux que le roman du mois. Je sais qu’il est de bon ton de décréter que ceux qui sont pas de chez nous sont nos ennemis, et que notre monde est menacé par le choc des civilisations, selon la formule désormais tristement célèbre d’un professeur américain du nom de Huntington. Cependant, il semble que les choses puissent être vues différemment, et qu’en particulier les différentes civilisations, bien loin d’entrer en collision, n’aient jamais été aussi proches.

C’est du moins la thèse défendue par Youssef Courbage et Emmanuel Todd, qui analysent les données démographiques de nombreux pays sur tous les continents. Au regard de ces chiffres, il parait évident qu’il y a une nette et inéluctable convergence vers le modèle occidental. De quoi se refroidir un peu la tête et cesser de se laisser impressionner par les vociférations xénophobes et va-t-en guerre qui fleurissent des deux côtés de l’Atlantique. On a peine à comprendre d’ailleurs comment diables ces vociférations pourraient aider à résoudre divers problèmes, pourtant fort inquiétants (Iran, Pakistan, Afghanistan pour ne citer que quelques exemples). Et si on réfléchissait un peu ?

Le Rendez-vous des civilisations, par Youssef Courbage et Emmanuel Todd, collection La République des idées, éditions du Seuil.

Le roman du mois

Bien sûr, le seul roman vraiment important à lire, si ce n’est déjà fait, est le Giono à votre programme. Comme je ne l’ai pas lu, je ne peut pas vous en parler, mais je crains qu’il ne tienne pas la route face à La Pierre et le Sabre suivi de La parfaite Lumière de Eiji Yoshikawa, disponibles chez J’ai Lu.

Le héros en est un certain Miyamoto Musachi, personnage historique du Japon du 17è siècle, traversé par les luttes incessantes que se livrent les seigneurs japonais. Musachi est un adolescent indiscipliné et bagarreur, une petite frappe qui ne respecte rien. Chassé de chez lui, il se laisse entrainer dans une guerre à laquelle il ne comprend rien. Il est dans le mauvais camp, et l’armée à laquelle il appartient est décimée lors de la célèbre bataille de Sekigahara, qui vit la victoire de celui qui allait devenir le premier Shôgun. Cette expérience le marque profondément, et l’engage à commencer une nouvelle vie : la voie du sabre. Escrimeur hors pair, il est, semble-t-il, encore célèbre aujourd’hui pour sa technique des deux sabres. Il fut également un excellent dessinateur.

Le roman de Yoshikawa est l’histoire romancée (très romancée) de Musashi, une sorte de roman de cape et d’épée, ou plutôt de kimono et de sabre, tout à fait palpitant, et propre à faire oublier que montrer « qu’une fonction n’est pas paire ne consiste pas à montrer que f(x) n’est pas égale à f(-x) car la valeur x=0 va toujours nous embêter ».

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur le personnage, l’article de wikipedia est bien. En outre, on peut y voir quelques uns de ses dessins, dont un autoportrait, ainsi qu’un splendide martin-pêcheur.