Monthly Archives: octobre 2010

La question existentielle du jour

Il me semble bien qu’on a vu des vaches avec des hublots dans un champ attenant à une ferme expérimentale de l’INRA à Theix.

J’ai beau chercher sur le site de l’INRA, je ne trouve strictement rien à ce sujet. Soit c’est vraiment très bien caché, soit l’INRA se refuse à toute publicité sur le sujet, de peur de voir débarquer les amis des animaux. Dernière possibilité : il y avait seulement des dessins de hublots sur les vaches, et c’était un canular habilement monté par Monsieur A et Madame VdR (ce qui explique d’ailleurs pourquoi ils sont allé en Auvergne cet été, avec leur pinceau et leur pot de peinture : bien joué, on y a vraiment crû !).

Trève de plaisanterie. Est-ce que par hasard quelqu’un aurait fait une photo ? que je puisse quand même montrer aux sceptiques que je ne raconte pas que du flan.

A l’attention des vétomaniaques

Je sais que certains et certaines d’entre vous ont pour ambition de devenir vétérinaires. Outre que c’est quand même un des concours les plus sélectifs qui existent en France, et que ce n’est donc pas gagné, je me permets de vous signaler, comme tous les ans, le blog d’un vétérinaire nommé Fourrure.

Outre que Fourrure écrit vraiment très bien, je trouve que la lecture de ses billets est fort instructive pour un futur vétérinaire. Car on ne doit pas devenir vétérinaire simplement parce qu’on aime les animaux, ou son cheval, ou son chat, ou autre raison vaguement niaise. On peut devenir vétérinaire si on est prêt à euthanasier, à découper, à recoudre, à y mettre les mains jusqu’au coude, à vacciner à tour de bras et remplir des formulaires de vaccination, à gérer un cabinet, à remplir des bons de commandes, à assurer les gardes de nuit et du week-end, et à faire face non pas aux animaux mais … à leurs maitres. Et à la lecture du dernier article de Fourrure, on devine que c’est sans doute le plus dur.

Le roman du mois d’octobre

Il n’a pas été difficile de trouver son auteur, l’actualité me l’ayant pour ainsi dire dicté. Je vous propose de lire du Mario Vargas Llosa, écrivain péruvien récompensé cette année par le prix Nobel de littérature (un prix largement mérité). Reste à trouver lequel de ses romans, car Mario Vargas Llosa fait partie de ces écrivains qui n’écrivent quasiment que des choses excellentes.

Pour ceux qui aiment les romans courts et amusants, Pantaleon et les visiteuses (disponible en folio) me parait adapté. C’est l’histoire d’un officier de l’armée péruvienne chargé d’une mission de pacification des troupes cantonnées en Amazonie, que l’isolement rend indisciplinées. Pour cela, il met sur pieds une nouvelle unité de l’armée, répondant au doux nom de « Service de Visiteuses pour Garnisons, Postes Frontières et Assimilés », et évidemment composée de prostituées. C’est un plein succès, à tel point que le héros devient involontairement le plus puissant proxénète du pays.

Pour ceux qui aiment les romans un peu plus denses, je vous recommande La Fête au Bouc (également disponible en folio), sur l’histoire de Rafael Trujillo, dictateur sanguinaire et mégalomaniaque de Saint-Domingue. Complexe, ce livre fait alterner des chapitres relatant quelques aspects du régime de Trujillo, des chapitres mettant en scène les assassins du dictateur le soir fatal, et des chapitres racontant le retour au pays de la fille d’un ancien ministre de Trujillo dont on comprend seulement à la fin pourquoi elle l’a fui. Ce roman, comme la plupart de ceux de Vargas Llosa, est donc pleinement ancré dans l’histoire sud-américaine récente.

Je ne mets pas de lien vers le site Gallimard, car il est tellement mal fait que son moteur de recherche prétend que les livres en question n’existent pas, alors même que je les ai sous les yeux. Pathétique.

L’essai du mois d’octobre

J’ai du retard dans mes conseils de lecture, et je m’en excuse auprès de tous mes fans, qui se précipitent mois après mois pour acheter les fabuleux livres dont je parle.

Histoire de changer un peu de discipline, je recommande ce mois-ci un livre facile et qu’on peut lire aisément dans le métro, puisqu’il est composé de chapitres indépendants et très courts. Il s’agit de : Les animaux célèbres, de Michel Pastoureau, édités chez Bonneton. Les références sont sur cette page.

L’ouvrage traite de quelques animaux célèbres, qu’ils soient mythologiques (les animaux de la Genèse, le Minotaure, le cheval de Troie), qu’ils soient réels (l’élephant offert à Saint Louis par le sultan d’Egypte, la truie jugée et condamnée à mort à Falaise en Normandie pour avoir tué un enfant), ou qu’ils soient artistiques (le Rhinocéros représenté par Dürer, Mickey, Milou), le dernier évoqué étant Dolly, la première brebis clonée. Pour chacun d’eux, Michel Pastoureau discute de la symbolique qu’il véhicule : pourquoi cet animal plutôt qu’un autre, comment il est perçu par les contemporains, comment il est utilisé à des fins de propagande, etc.

Michel Pastoureau est un historien, spécialiste de la symbolique au Moyen-Age. Il est très connu pour ses travaux sur l’héraldique (la science des blasons), travaux qui l’ont conduit à s’intéresser à la symbolique des couleurs (sur lesquelles il a écrit plusieurs ouvrages), puis à celle des motifs (il l’explique dans l’Etoffe du Diable que les rayures sur un vêtement étaient perçues comme diaboliques). Le champ d’intérêt de sa discipline est quasiment infini, et il en parle au profane avec beaucoup de clarté. Sur cette page du CNRS, vous trouverez une bibliographie exhaustive de ce chercheur toujours en activité.

Page courrier de Lapin magazine

 » Monsieur Lapin, j’ai eu une très mauvaise note au devoir de physique, et je ne sais pas quoi faire. Est-ce que les carottes sont cuites ?  »

Eh bien non, petit-e préparationnaire, vos carottes ne sont pas cuites. Une mauvaise note en prépa, c’est presque inévitable, et ce n’est pas la fin du monde.

D’abord, ce n’est que la première note de l’année. On a le droit d’avoir été très surpris du saut en quantité et en difficulté entre le lycée et la première année de BCPST. Il ne faut surtout pas baisser les bras, et se dire que tout est fini. Au contraire, il faut relever le défi, et tout faire pour que la prochaine fois, ce ne soit pas pareil.

Le devoir comportait plein de questions proches du cours. Si vous ne les avez pas faites, ou pas correctement, c’est que vous n’apprenez pas suffisamment bien le cours. Et le cours, c’est la base de la base. Sans le cours, ce n’est pas la peine d’essayer, ça ne marchera pas. Ne pas apprendre suffisamment bien peut vouloir dire deux choses : pas suffisamment (le remède est vite trouvé, il faut travailler davantage) ou pas bien. Dans ce dernier cas, le remède est plus difficile à trouver, mais c’est souvent que vous apprenez dans l’esprit de la terminale (il y aura quelque chose de pareil au devoir, ou au concours), au lieu d’apprendre efficacement (c’est-à-dire en ayant tout vraiment bien compris) pour pouvoir faire quelque chose d’inédit sur le sujet. Je n’ai pas de recette magique, c’est à vous de trouver votre méthode. Travailler à deux est souvent une bonne solution.

Le devoir comportait plein de données et plein de calculs. Il faut vous entrainer à trier les données et à mener à bien les calculs. C’est avec de l’entrainement qu’on y arrive. Les feuilles d’exercices sont là pour ça.

D’une façon générale, il ne faut surtout pas s’attarder à cette première note. Il faut en tirer une leçon sur les progrès à faire, mais il ne faut pas que ce soit un blocage. Vous pouvez toujours venir nous en parler, soit directement, soit par mel (c’est parfois plus facile : si vous m’expliquer votre problème, je peux prendre le temps d’y réfléchir avant de répondre).

J’en profite pour insérer un aparté. Je pense que si l’attention en classe était un peu plus soutenue, avec plus de silence et moins de bavardages, chaque cours serait plus efficace. J’apprécie la bonne humeur de la classe et le fait que vous n’hésitiez pas à poser des questions, mais si chaque question donne lieu à une pause blabla pour tous les autres, cela n’est pas acceptable, surtout si la question d’après est exactement celle à laquelle je viens de répondre. L’ambiance de la classe n’est pas assez studieuse pour que la progression soit satisfaisante. Et je ne dis rien des TD !!

Correction du devoir en temps limité de physique n°1

Les résultats du devoir sont mitigés, avec une moyenne de 9,3/20. La moyenne est obtenue par 20 copies, et 5 copies ont entre 9 et 10. Le devoir comportait de nombreuses questions de cours, ainsi que des questions très faciles.

Il me semble que vous ne lisez pas l’énoncé avec assez d’attention. Par exemple, à la question 2, on précise qu’on opère avec du méthane à l’équilibre thermique avec l’atmosphère terrestre. Cela donne une idée de la température (environ 273 K). Tous ceux qui ont évoqué les différents cas possibles, ou qui ont simplement décrété que le système était en un point A sur le diagramme, sont évidemment passé à côté du fait que le méthane est supercritique dans ces conditions.
De même, dans le méthanier, le méthane est transporté liquide. On ne peut donc pas utiliser les données relatives au gaz, ni évidemment l’équation des gaz parfaits, pour raisonner.

Je note avec plaisir que, à de rares exceptions près, les bonnes unités ont été utilisées, et que les conversions de m3 en L ont été correctes. En revanche, je suis quand même surpris du manque de sens physique de certains. Trouver qu’on perd 90% de la cargaison de méthane en 15 jours, ça doit quand même faire réfléchir ! Trouver que la liquéfaction du méthane ne fait gagner qu’un facteur 6 sur le volume, ça n’est pas possible. L’estimation de la masse perdue a d’ailleurs donné lieu à des développements mathématiques extrêmes, alors que la réponse est toute simple.

Dans la même veine, soyez réalistes. La température de Titan n’est pas égale à la température du point triple. La température d’une planète n’est pas constante, mais elle varie en fonction du lieu et de l’heure. Que les trois états physiques soient observables signifie en revanche qu’il est fréquent qu’on soit dans les conditions des changements d’état entre les 3 états. Autrement dit, les conditions sur Titan sont proches du point triple.

Je rappelle aussi que le nombre de chiffres significatifs a une importance. Que de nombre de moles transportées est 4,1.10^9, et non pas 4094589408. Ecrire cela signifie que vous garantissez  le nombre de mole à 1 près ! La notation scientifique n’est pas non plus faite pour enquiquiner les élèves. Quand même, 4,1.10^9, c’est plus parlant. On voit l’ordre de grandeur.

Je déplore fortement que la question 14 ait été sabotées à 3 ou 4 exceptions près. Quand on introduit le méthane, la pression augmente. Déjà, on peut quand même faire un effort, et signaler que l’augmentation est linéaire (loi des GP). Ensuite, il est quand même intéressant de signaler qu’il arrive un moment où la pression n’augmente plus car on est à la saturation. C’est quand même le coeur du cours sur les changements d’états ! Seules deux copies sont parvenues à la fin, et ont utilisé avec profit le théorème des moments.

Je termine en rectifiant une imprécision de l’énoncé. La sonde spatiale qui est actuellement en orbite autour de Saturne s’appelle Cassini. En revanche, Huygens est le nom du module que Cassini a largué sur Titan. Vous trouverez ici une page sur le site de l’ESA (Agence Spatiale Européenne) sur la mission Cassini-Huygens ; on y trouvera des liens vers le site du JPL (Jet Propulsion Laboratory) qui est responsable de la mission, avec des photos de Titan et de ses cailloux de méthane solide.

Sur le transport du méthane, je vous renvoie à la page wikipedia. Le site de Suez-GDF est minable, et je n’y trouve rien de pertinent à part des communiqués sans intérêt à la gloire de cette belle entreprise.

Corrigé du devoir en temps limité n°1 de chimie

Le devoir de chimie est mitigé. La moyenne de la classe est de 10,1/20. La moyenne est atteinte par 22 copies, et 6 copies ont entre 9 et 10.

Ce devoir commençait de façon très classique, avec des questions de cours (questions 19 à 22). On peut déplorer deux choses.
– Le cours n’est pas connu de la majorité d’entre vous. J’ai pu compter sur les doigts d’une main ceux qui savent repérer un ampholyte et qui savent en calculer le pH. C’est quand même consternant, surtout que la première question demandait de tracer le diagramme de prédominance ! Le cas de HSO3- est absolument analogue au cas de HCO3- vu en cours. Sans vouloir vous prendre pour des ânes, il y a 3 questions de calcul de pH, et, curieusement, il y a 3 cas de calcul de pH dans le cours … cela aurait pu vous mettre la puce à l’oreille.
– La vérification des hypothèses ne se résume pas à une formule magique, genre : « l’hypothèse est vérifiée ». Surtout quand elle ne l’est pas !! Ca fait mauvais genre de dire qu’on a vérifié que quelque chose est vrai, alors qu’il ne l’est manifestement pas. Dans la question 20, la concentration initiale d’acide est 0,1 mol/L et la concentration d’acide consommé à l’équilibre est 0,035 mol/L (en faisant l’hypothèse que la réaction est très limitée). Admettre que l’hypothèse est juste au vu du résultat, c’est considérer que 35 est négligeable devant 100. Je sais bien qu’on s’autorise des licences mathématiques en chimie, mais il y a des limites. On a expliqué en cours que la précision fort moyenne des pH-mètres autorise à considérer que 10 est négligeable devant 100.

Le dosage du H2SO3 est celui d’un diacide. Il est absolument identique au dosage de H3PO4 qui se trouve dans la feuille d’exercices.
– A la question 24, le blabla est sanctionné. Préciser la réaction qui se déroule, cela ne consiste pas à dire : « l’acide sulfureux réagit sur la soude dans la première partie du dosage ». Il faut écrire l’équation bilan de la réaction (comment peut-on faire de la chimie sans écrire l’équation-bilan des réactions ??) et préciser numériquement dans quelle partie du dosage elle a lieu (entre v=0 et VE1 = 10 mL).
– Expliquer comment évaluer les pKa ne consiste pas non plus à parler vaguement de la demi-équivalence. Surtout en écrivant que c’est VE/2. Ca marche pour la première demi-équivalence, mais pour la seconde, c’est moins clair.

Le dosage par l’ammoniac a donné lieu à des fantaisies inattendues. Pourquoi diable aller chercher midi à 14h, alors que c’était strictement la même chose sauf que HO- était remplacé par NH3.

Le dernier dosage était plus compliqué. Je regrette que ceux qui ont bien compris que H2SO4 se dissociait intégralement en H3O+ et HSO4- n’aient pas fait réagir H3O+ sur la soude, ce qui correspond à la réaction prépondérante.

Mort de Georges Charpak

Le physicien français d’origine polonaise Georges Charpak est mort il y a 3 jours. Spécialiste de physique des particules, il est l’inventeur d’un grand nombre de détecteurs divers et variés, les premiers destinés à suivre les trajectoires des particules dans les accélérateurs, et les derniers voué à l’imagerie médicale. Il a été récompensé par le Prix Nobel de physique en 1992.

La vie de Georges Charpak est presque un roman : né de parents émigrés qui ne parlaient pas un mot de français, il a été élève en classes préparatoires, admis à l’école des Mines de Paris, avant de s’engager dans la résistance, d’être déporté à Dachau (où, disait-il non sans humour, il avait surtout appris la physique de la pelle), de faire une thèse et d’être un inventeur génial au CERN. Il a été naturalisé Français en 1946. O tempora, ô mores ; de nos jours, on l’aurait probablement renvoyé chez lui par charter.

Georges Charpak est également connu pour son activité en faveur de la promotion de la science auprès du grand public. A la faveur de son Prix Nobel, il a lancé l’association La Main à la Pâte, destinée à introduire les sciences à l’école primaire. Il a en outre essayé de discuter de façon raisonnable et dépassionnée du nucléaire civil, dont il est un partisan. Malheureusement, ses prises de positions lui ont valu des critiques acerbes, et, comme chaque fois qu’on parle du nucléaire, le débat s’est avéré impossible (le nucléaire fait partie de ces sujets qui permettent de pourrir l’ambiance de n’importe quelle soirée).

Sur cette page, on peut télécharger le communiqué de presse de l’ESPCI (format pdf), avec des photos de G. Charpak.