Daily Archives: 16 octobre 2010

A l’attention des vétomaniaques

Je sais que certains et certaines d’entre vous ont pour ambition de devenir vétérinaires. Outre que c’est quand même un des concours les plus sélectifs qui existent en France, et que ce n’est donc pas gagné, je me permets de vous signaler, comme tous les ans, le blog d’un vétérinaire nommé Fourrure.

Outre que Fourrure écrit vraiment très bien, je trouve que la lecture de ses billets est fort instructive pour un futur vétérinaire. Car on ne doit pas devenir vétérinaire simplement parce qu’on aime les animaux, ou son cheval, ou son chat, ou autre raison vaguement niaise. On peut devenir vétérinaire si on est prêt à euthanasier, à découper, à recoudre, à y mettre les mains jusqu’au coude, à vacciner à tour de bras et remplir des formulaires de vaccination, à gérer un cabinet, à remplir des bons de commandes, à assurer les gardes de nuit et du week-end, et à faire face non pas aux animaux mais … à leurs maitres. Et à la lecture du dernier article de Fourrure, on devine que c’est sans doute le plus dur.

Le roman du mois d’octobre

Il n’a pas été difficile de trouver son auteur, l’actualité me l’ayant pour ainsi dire dicté. Je vous propose de lire du Mario Vargas Llosa, écrivain péruvien récompensé cette année par le prix Nobel de littérature (un prix largement mérité). Reste à trouver lequel de ses romans, car Mario Vargas Llosa fait partie de ces écrivains qui n’écrivent quasiment que des choses excellentes.

Pour ceux qui aiment les romans courts et amusants, Pantaleon et les visiteuses (disponible en folio) me parait adapté. C’est l’histoire d’un officier de l’armée péruvienne chargé d’une mission de pacification des troupes cantonnées en Amazonie, que l’isolement rend indisciplinées. Pour cela, il met sur pieds une nouvelle unité de l’armée, répondant au doux nom de « Service de Visiteuses pour Garnisons, Postes Frontières et Assimilés », et évidemment composée de prostituées. C’est un plein succès, à tel point que le héros devient involontairement le plus puissant proxénète du pays.

Pour ceux qui aiment les romans un peu plus denses, je vous recommande La Fête au Bouc (également disponible en folio), sur l’histoire de Rafael Trujillo, dictateur sanguinaire et mégalomaniaque de Saint-Domingue. Complexe, ce livre fait alterner des chapitres relatant quelques aspects du régime de Trujillo, des chapitres mettant en scène les assassins du dictateur le soir fatal, et des chapitres racontant le retour au pays de la fille d’un ancien ministre de Trujillo dont on comprend seulement à la fin pourquoi elle l’a fui. Ce roman, comme la plupart de ceux de Vargas Llosa, est donc pleinement ancré dans l’histoire sud-américaine récente.

Je ne mets pas de lien vers le site Gallimard, car il est tellement mal fait que son moteur de recherche prétend que les livres en question n’existent pas, alors même que je les ai sous les yeux. Pathétique.

L’essai du mois d’octobre

J’ai du retard dans mes conseils de lecture, et je m’en excuse auprès de tous mes fans, qui se précipitent mois après mois pour acheter les fabuleux livres dont je parle.

Histoire de changer un peu de discipline, je recommande ce mois-ci un livre facile et qu’on peut lire aisément dans le métro, puisqu’il est composé de chapitres indépendants et très courts. Il s’agit de : Les animaux célèbres, de Michel Pastoureau, édités chez Bonneton. Les références sont sur cette page.

L’ouvrage traite de quelques animaux célèbres, qu’ils soient mythologiques (les animaux de la Genèse, le Minotaure, le cheval de Troie), qu’ils soient réels (l’élephant offert à Saint Louis par le sultan d’Egypte, la truie jugée et condamnée à mort à Falaise en Normandie pour avoir tué un enfant), ou qu’ils soient artistiques (le Rhinocéros représenté par Dürer, Mickey, Milou), le dernier évoqué étant Dolly, la première brebis clonée. Pour chacun d’eux, Michel Pastoureau discute de la symbolique qu’il véhicule : pourquoi cet animal plutôt qu’un autre, comment il est perçu par les contemporains, comment il est utilisé à des fins de propagande, etc.

Michel Pastoureau est un historien, spécialiste de la symbolique au Moyen-Age. Il est très connu pour ses travaux sur l’héraldique (la science des blasons), travaux qui l’ont conduit à s’intéresser à la symbolique des couleurs (sur lesquelles il a écrit plusieurs ouvrages), puis à celle des motifs (il l’explique dans l’Etoffe du Diable que les rayures sur un vêtement étaient perçues comme diaboliques). Le champ d’intérêt de sa discipline est quasiment infini, et il en parle au profane avec beaucoup de clarté. Sur cette page du CNRS, vous trouverez une bibliographie exhaustive de ce chercheur toujours en activité.